Diriger une entreprise, c’est arbitrer toute la journée et manquer de temps pour préparer ce qui compte. L’IA ne tranche rien à votre place. Elle change pourtant trois moments de la journée d’un dirigeant : la veille de la décision, l’entretien difficile, et le lendemain, quand il faut se souvenir de ce qui a été décidé.
Arriver informé
Les dossiers arrivent digérés. Un contrat, un rapport, une proposition de partenariat : tout ce qui demandait une heure de lecture attentive revient résumé, avec les points d’attention repérés. Claude ou ChatGPT font ce travail sur un document, et sur un dossier entier si on leur confie toutes les pièces. La lecture attentive reste nécessaire pour ce qui engage, mais elle se concentre sur les trois pages qui comptent au lieu des quarante.
Répéter avant d’entrer dans la salle
De toutes les fonctions de l’IA, le partenaire d’entraînement est la plus sous-estimée. On pense à faire produire, écrire, analyser. On pense rarement à faire répéter. Voici une renégociation de contrat fournisseur, jouée à l’avance avec l’assistant.

Deux détails comptent. La consigne « ne me ménage pas » n’est pas décorative : sans elle, l’assistant est trop aimable pour servir. Et le débrief final est la partie qui rapporte. Il désigne l’argument faible, celui de la fidélité, que rien ne chiffre, et la carte forte laissée en fin de phrase, les paiements à trente jours. En trois échanges, la préparation change de nature : le jour venu, les objections ne surprennent plus.
Faire contester une décision
Même exercice avant de trancher. Imaginons un dirigeant qui hésite entre recruter un commercial et confier sa prospection à un prestataire. Il expose son raisonnement à l’assistant et lui demande de le démonter : quelles questions ne se pose-t-il pas, quel scénario n’a-t-il pas envisagé ? Ce que l’on obtient ne décide rien, mais éclaire les angles morts, comme la dépendance à un prestataire unique, que personne autour de la table n’avait soulevée.
La valeur du contradicteur tient moins à ses réponses qu’aux questions qu’il vous force à affronter. Il est disponible à minuit, n’a aucun intérêt dans le résultat et ne ménage pas les susceptibilités, ce qui en fait, paradoxalement, le plus fiable de la pièce. Après la vraie rencontre, racontez-lui comment elle s’est passée et demandez un débrief : la préparation de la suivante commence là.
Garder trace de ce qui a été décidé
Les décisions se perdent dans les comptes rendus. Un journal des décisions, une ligne par décision avec sa date et sa raison, règle le problème, et l’assistant le remplit presque seul à partir des comptes rendus. Sa relecture, une fois par trimestre, est une leçon de lucidité.
Ce qui ne change pas
Trancher. Porter la responsabilité du choix. Sentir le moment où il faut aller contre l’analyse. Et rappeler une limite : l’assistant ne connaît pas la vraie personne en face de vous, et la vraie négociation gardera toujours sa part d’imprévu. L’IA ne réduit pas la charge de décider, elle réduit le brouillard autour de la décision. Pour le reste, il ne se lasse jamais et ne se vexe jamais. C’est reposant. C’est même, quand on y pense, légèrement vexant.
Ces usages se pratiquent avec Claude ou ChatGPT, à condition de leur demander explicitement de ne pas vous ménager.
